Les « boutiques à l’essai » créent de l’activité dans les territoires de Serre-Ponçon et du Guillestrois Queyras

Le point de départ : Stephan Blondel est Directeur de la plateforme Initiatives Nord Hautes-Alpes (INHA), plateforme d'accompagnement et de financement des créateurs/repreneurs d'entreprise. En 2017, il découvre le dispositif « Ma boutique à l’essai » lors d’une assemblée plénière de la Fédération nationale des boutiques à l’essai. Il s’est alors questionné sur comment l’adapter et le rendre attractif pour son territoire et ses problématiques locales spécifiques : territoire classé à 100% en haute-montagne, rural, avec une économique fortement basée sur le tourisme, la saisonnalité, tissu économique reposant principalement sur les très très petites entreprises (TTPE), peu de cadres, etc.
La démarche est partie d’un quadruple constat :
- Désertification des commerces de proximité dans les bourgs et les villages
- Impuissance, incapacité de la puissance publique à répondre à cette problématique
- Désœuvrement et méfiance de propriétaires fonciers de locaux commerciaux
- Doutes et peurs de nombreux porteurs de projets pour se lancer (marché, financements…)
Face à ces constats, il fallait trouver un outil pour y répondre. Stephan Blondel a décidé de lancer le dispositif « Ma boutique à l’essai », qui consiste à permettre à un porteur de projet de tester son activité dans un local vacant pendant 6 mois, reconductibles une fois, en l’adaptant avec un ingrédient spécifique, qui sera divulgué par la suite. Le dispositif est dans un premier temps mis en œuvre sur le territoire de la Communauté de communes de Serre-Ponçon.
Les ustensiles : 1. Méthode appliquée
La méthode consiste à mettre en relation le trinôme d’acteurs : propriétaire foncier de local commercial vacant, collectivité locale et porteur de projet ; ayant chacun ses difficultés propres :
- Le propriétaire de local a peur de ne pas être payé
- La collectivité locale ne sait plus quoi faire pour attirer des porteurs de projets et a peu de capacité à se projeter
- Le porteur de projet a peur de l’échec et de se lancer
La réflexion pour monter le dispositif a consisté à ce que chacun consente à des efforts :
- Le propriétaire qui a un local bien placé en état correct, accepte de consentir à un effort financier dans un premier temps, par un bail dérogatoire de 6 mois à 10 € du m².
- La collectivité locale soutient l’initiative en associant le porteur de projet avec l’association de commerçants, en communiquant, en aménageant l’espace marchand.
- Le porteur de projet se lance en acceptant de prendre des risques sur une période de 6 mois, renouvelable une fois.
Le porteur de projet bénéficie d’un prêt d’honneur à taux zéro de l’INHA pour démarrer son activité. Le dispositif vise à éviter tout engagement bancaire supplémentaire. Ainsi, la question de l’endettement ne se pose pas durant la période test. La sollicitation bancaire se fait au bout d’un an. Dans le projet « Boutiques à l’essai » porté par l’INHA, la singularité est que le prêt accordé au porteur de projet pour le paiement du loyer est directement versé au propriétaire foncier, ce qui facilite grandement l’adhésion des propriétaires au dispositif.
Le porteur de projet a ainsi 6 mois pour s’investir complètement dans son projet sans penser au loyer. Après cette période, un bilan est dressé afin d’étudier la poursuite ou non du projet. Si le projet ne marche pas, le porteur de projet peut se désengager facilement, il n’y a pas d’engagement de bail. Le porteur de projet est soulagé. Si le projet se poursuit, le paiement du loyer intervient à partir du septième mois. Au bout d’un an, il est convenu d’un bail commercial de 3, 6 ou 9 ans. Il n’y dans ce dispositif pas de notion commerciale de droit au bail ni de pas-de-porte.

2. Étapes clés :
Etapes clés pour l’installation d’un nouveau porteur de projet :
- La collectivité manifeste son intérêt pour accueillir une boutique à l’essai
- Phase de recherche de locaux vacants dans le cœur du village et de discussion avec les propriétaires pour les convaincre d’intégrer le dispositif.
- Appel à candidatures et démarchage des porteurs de projet : étape nécessaire en milieu rural. En milieu urbain il n’y a pas de difficulté à trouver des porteurs de projets. Ici, on n’est pas dans les mêmes configurations. Le démarchage se fait auprès des autoentrepreneurs ou encore dans le vivier des couveuses d’entreprises.
- Accompagnement des porteurs de projet pour concrétiser leur idée
- Un comité d’agrément (composé des collectivités, des consulaires, etc.) regarde les candidatures. En réalité, le cas où plusieurs porteurs de projets candidatent pour un même local ne s’est pas encore présenté.
- Montage du dispositif de prêt au porteur de projet et d’accord pour verser la partie du loyer directement au propriétaire foncier
- Installation du porteur de projet dans la boutique et test de son activité pendant 6 mois
- Bilan au bout des 6 premiers mois et reconduction éventuelle pour 6 mois
- Bilan au bout de 12 mois, et signature éventuelle d’un bail commercial
Etapes d’essaimage
- Démarrage du dispositif en 2017 avec la Communauté de communes de Serre-Ponçon
- Installation des premières boutiques à l’essai
- La Communauté de communes du Guillestrois et du Queyras est intéressée par les résultats obtenus sur le territoire de la Communauté de communes de Serre-Ponçon et souhaite intégrer le dispositif
- La Région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur manifeste son fort intérêt pour la démarche et souhaite que le dispositif soit étendu aux autres départements de la Région.

3. Moyens financiers et humains
La plateforme INHA est financée par des fonds publics et privés, provenant à 80 % des collectivités publiques.
Pour le projet « Ma boutique à l’essai », elle a bénéficié d’un financement LEADER pendant deux ans, pour un montant total de 54 000 €. Il a permis de financer le temps de travail de deux personnes (Stephan Blondel et sa collègue) pour la mise en place du dispositif sur la Communauté de communes de Serre-Ponçon.
Les principaux coûts de fonctionnement résident dans le temps de travail pour l’animation de la démarche (recherche des propriétaires, démarchage des porteurs de projets, contacts avec les collectivités locales, etc.). D’autres coûts liés à la communication sont aussi présents, comme l’achat des vitrauphanies (autocollants apposés sur les vitrines avec la mention « et si c’était votre boutique ? »), ou l’adhésion annuelle de 500 euros à la Fédération nationale des boutiques à l’essai (plus cher la première année pour le kit de communication).
La plateforme accorde un prêt d’honneur moyen de 7 000 euros par porteur de projet à taux 0 % de 24 à 36 mois pour payer son loyer (versé directement au propriétaire du local commercial), des besoins immatériels et pour avoir de la trésorerie au démarrage.
Astuces du chef : 1. Éléments facilitateurs
- L’élément clé pour que les propriétaires intègrent plus facilement le dispositif est de verser la part du prêt destinée au paiement du loyer directement au propriétaire foncier !
- Le dispositif « Ma boutique à l’essai » doit être adapté en fonction des contextes locaux
- La force de la plateforme INHA est de s’adapter facilement à la situation du porteur de projet
- Créer du lien et faciliter le dialogue entre propriétaires / collectivités / porteurs de projet
- Faire de la prospective pour chercher des porteurs de projets, élément indispensable en milieu rural
- Privilégier des activités où il y a peu de stock ainsi que des activités de services ou encore des annexes de commerces (par exemple, un boulanger a créé un dépôt de pain).
- Le dispositif bénéficie d’un effet communicatif phénoménal. Les communes sont très fières de dire qu’elles participent au dispositif « Ma boutique à l’essai ». Pour certaines communes, il n’y avait pas eu de commerce dans le village depuis des années.

2. Points de vigilance
- Le dispositif « Ma boutique à l’essai » a été conçu pour les communes de plus de 15 000 habitants, il a été nécessaire de l’adapter, d’aller prospecter des porteurs de projet. En effet, les mentions « et si c’était votre boutique ? » apposées sur les boutiques, qui marchent en milieu urbain, ne suffisent pas en territoire rural. Il faut notamment cibler les autoentrepreneurs qui travaillent à domicile, qui voudraient développer leur activité.
- Le piège du dispositif, c’est qu’au bout de 6 mois, les élus, les consulaires, oublient la philosophie du dispositif, oublient que c’est un dispositif « à l’essai » et donc que des porteurs de projets peuvent échouer, ce n’est pas pour autant que le dispositif ne fonctionne pas car il a permis à un porteur de projet de tester son concept. Il faut de la pédagogie pour faire intégrer cet élément aux partenaires.
Le financement, car la plateforme prend des risques : ce sont tout de même des prêts sur 24 à 36 mois. Limiter l’endettement à 15 000 euros. Faire en sorte que la personne puisse repartir sans rancœur, sans haine, qu’elle n’ait pas de regret, et que l’expérience soit vécue comme un enrichissement personnel, même si son projet échoue.
Les réussites de la recette : - Point positif qui n’avait pas été imaginé avant l’expérimentation : si la tentative du porteur de projet échoue, automatiquement, le local, pendant sa période d’occupation, a suscité beaucoup d’attrait, d’autres porteurs de projets peuvent se présenter. Le dispositif redonne vie à un local commercial qui, souvent, était fermé depuis de nombreuses années.
- La plateforme INHA a réussi à rendre ce dispositif exploitable sur un territoire rural.
- Le projet a essaimé. La Région Provence-Alpes-Côte d’Azur s’est intéressée au dispositif et a souhaité l’étendre. Elle a apporté des financements, tout comme la Caisse des dépôts et Consignations. Les résultats sont cependant mitigés car le conseil de payer directement les propriétaires fonciers n’a pas été suivi. De plus, le dispositif demande une grande animation pour parvenir à de résultats. On trouve de 2 à 4 boutiques dans les autres départements de la Région.
- Sur les 62 boutiques à l’essai existant au niveau national début 2020, environ 15 sont sur le territoire Nord Hautes-Alpes.
- Certains porteurs de projet ont créé de l’emploi
- Beaucoup des porteurs de projets sont de jeunes adultes du territoire
Thématique de la recette : Formation professionnelle et Emploi, ESS
Levier méthodologique utilisé : Développer l'attractivité du territoire, Mobiliser les élus et les habitants, Mettre en réseau et coordonner les acteurs, Faire évoluer les politiques publiques
Fiche rédigée par : Delphine Ségalen
Personne contact : Stephan Blondel, Directeur
Organisation : Plateforme Initiatives Nord Hautes-Alpes (INHA)
Mail : accueil@initiative-nha.com
Téléphone : 04 99 22 30 00
Pour en savoir plus sur la recette : https://www.initiatives-nha.com
Ville concernée : Communauté de communes de Serre-Ponçon et du Guillestrois