L'enjeu de coordination, de transversalité et de lisibilité de l'action publique en matière de jeunesse est pointée dans de nombreux rapports et par de nombreux acteurs, institutionnels (CGET et CESE) ou associatifs . Certaines organisations font même état du risque d'empilement des dispositifs propres aux jeunes (garantie jeune, RSA jeunes, contrat d'insertion dans la vie sociale, etc.) (FAGE, 2019 ou Forum Français Jeunesse, 2018) ou encore du risque d'opposition des jeunes par leur statut ou par leur provenance, ou enfin du manque de participation des jeunes eux-mêmes aux espaces de construction des politiques publiques les concernant. Aussi, l'ADRETS souhaite relever ici les principales propositions émanant d'acteurs institutionnels et représentatifs des principales organisations nationales gérées et animées par des jeunes, pour une rénovation des politiques publiques en matière de jeunesse.

Une compétence jeunesse territoriale obligatoire

Le CESE préconise de rendre obligatoire une compétence « jeunesse » (16/29 ans) au sein des communautés de communes, en tant qu’échelle pertinente de décision ayant la taille critique suffisante, en l’inscrivant dans le code Général des collectivités territoriales. C’est à l’échelle des bassins de vie que les solutions les plus efficaces et les plus pragmatiques doivent être trouvées. Selon les territoires, les besoins ne sont pas les mêmes en termes de logement, de mobilité, de santé, d’insertion professionnelle ou de participation des jeunes dans la vie locale. Les réponses à apporter doivent prendre pleinement en compte ces diversités. le cese souhaite que les communautés de communes structurent leurs actions « jeunesse » au sein d’un Projet jeunesse de territoire (sur le modèle des Projets educatifs de territoire - Pedt) Rendu obligatoire par la loi NOTRe, le conseil de développement semble le cadre le plus apte à permettre cette co-construction. Une dynamisation de ces conseils de développement est sans doute nécessaire pour un fonctionnement continu,

Un Pacte jeunes ruraux.ales

L’accès aux droits pour les jeunes dans les territoires ruraux peut passer par la construction, au niveau national, d’un pacte dédié.le cese préconise la mise en place d’un Pacte jeunes ruraux.ales dans le cadre des comités interministériels aux ruralités et décliné par territoire via les contrats de ruralité, afin de rattraper les inégalités constatées. Ce pacte comprend des mesures visant spécifiquement les problématiques des jeunes ruraux.ales. De nombreux éléments entravent la capacité des jeunes à vivre et travailler dans les territoires ruraux, tels que la couverture numérique insuffisante, le manque de fluidité au sein des parcours professionnels et de formation, les difficultés d’accès au logement, l’absence ou l’insuffisance de transports publics accessibles. Sur ces divers aspects, le CESE a formulé des préconisations dans le cadre d’avis récents. Ce Pacte intégrerait les enjeux suivants : égalité femmes/hommes, accès au logement, accès à la formation, accès au logement, accès à la mobilité physique, accès à la santé.

Le Pack Jeunesse

Reprenant un certain nombre de recommandations émanant du rapport du CESE en 2017, la Mission Ruralités de 2019 recommande notamment la création d'un Pack Jeunesse à partir de 16 ans, mettant à disposition toute l'information délivrée en mairie qui leur permettrait, par exemple, d’accéder à de nombreux services essentiels (formation, mobilité, numérique, culture...). Elle propose aussi l'intégration d'un volet "jeunesse" dans les contrats de ruralité. Ce pack leur permettrait, par exemple, d’accéder :
  • • à la formation (type brevet d'aptitude aux fonctions d'animateur, brevet professionnel de la jeunesse, de l'éducation populaire et du sport, etc.)
  • • à la culture (en intégrant le Pass Culture existant)
  • • au sport (soutien au financement des licences)
  • • au numérique (en intégrant le Pass numérique existant)
  • • à la mobilité (permis à 1€)

Une politique interministérielle de jeunesse consolidée

Pour l'Union Nationale des Missions locales, il s'agit de renforcer le rôle du délégué interministériel à la jeunesse en le plaçant sous l’autorité directe du Premier Ministre et en le dotant des moyens nécessaires à l’accomplissement de sa mission

Renforcement du rôle des Missions locales

La Mission ruralité propose de renforcer de rôle des Missions locales devraient en zone rurale, en leur confiant notamment une mission de repérage des NEETs (« not in education, in employment nor in training», qui désigne les jeunes sans emploi, ni formation ni stage). En effet, les difficultés économiques et sociales sont moins concentrées en zone rurale, du fait de la faible densité de population, ce qui a pour effet de rendre difficile le repérage des jeunes en situation de décrochage ou de fragilité, et donc d’y apporter des réponses adaptées.
Création d'un "Erasmus Rural". La Mission ruralité propose de répondre à l''enjeu d’insertion professionnelle mais aussi d’ouverture sur le monde et les autres, la Mission recommande de créer un «Erasmus rural», qui permettrait à des jeunes ruraux sans emploi ni formation de partir à l’étranger.

Des campus ruraux de projets

Le CESE préconise le soutien à la création de campus ruraux de projets pourrait s’appuyer sur un lieu déjà existant ayant compétence en ingénierie de projet (pilotage, programmation, planification, évaluation, etc.). il serait dédié à la création d’activités économiques, sociales, de projets citoyens, culturels, festifs et ludiques. il s’agirait selon les territoires, soit de la création d’un lieu, soit de l’exercice de cette mission d’animation et de portage des projets par une structure locale existante, relais des différents acteur.rice.s et permettant de mutualiser leurs actions dans une démarche transversale. il aurait vocation à contribuer à la vitalité du territoire par les projets de jeunes de 16 à 29 ans. Pour le CESE, les campus ruraux de projets doivent permettre de susciter l’envie de créer, donnent l’information sur les soutiens possibles aux projets des jeunes et favorisent à l’échelle des territoires les complémentarités entre les différent.e.s acteur.rice.s, pour que chaque jeune trouve l’appui dont il.elle a besoin. La Mission Ruralité de 2019 vient abonder dans le sens du CESE pour appuyer cette proposition et réaffirmer l’ambition pour les campus ruraux de faciliter l’émergence d’idées, d’accompagner les projets des jeunes ruraux (qui n’en manquent pas) et de les inclure dans une dynamique de groupe et avec un ancrage territorial fort. Un appel à manifestation d’intérêt pourrait être lancé pour créer une centaine de campus de la sorte.

En corollaire de cette proposition, l'Union Nationale des Missions locales souligne l'importance de soutenir les acteurs de proximité qui accompagnement les jeunes dans ces territoires. Le développement des Appel à projets profitent aux grosses structures qui ont la capacité à mobiliser une capacité d’ingénierie importante. A contrario, ces grosses structures n’ont pas la souplesse et la capacité d’adaptation nécessaire pour répondre aux besoins et attentes des jeunes parfois isolés sur leur territoire. De même, elle appuie l'enjeu de soutenir la création d'espaces de rencontres dans les territoires ruraux et des structures d’accompagnement à l’émergence de projets(type pépinières d’initiatives ou coopérative de jeunesse et de services)

Une clause 'impact jeunesse"

Inspirée du Québec, cette pratique consiste à faire figurer dans tout projet de loi un paragraphe faisant état de l'implication des mesures proposées sur les jeunes. Cette clause doit également être introduite dans la loi de programmation pluriannuelle des finances publiques.
Source : FAGE, 2019, https://www.fage.org/idees/jeunesse/jeunesse-politiques-publiques-jeunes.htm

Décloisonner la Garantie Jeune

L'Union Nationale des Missions locales préconise une transversalité de la Garantie Jeune pour en faire un dispositif consacré à l’autonomie des jeunes (sortir du «job first»), à la prise d’initiatives et à l’expérimentation.

Reconnaître les organisations de jeunes comme les interlocuteurs des institutions dans la construction des politiques publiques.

Source : : FAGE, 2019, https://www.fage.org/idees/jeunesse/jeunesse-politiques-publiques-jeunes.htm

Mettre en place un réel et unique service public de l'information de l'orientation et de l'accompagnement des jeunes

Le Forum Français pour la Jeunesse propose de regrouper au sein d'un service publique unique et d'une même direction tous les acteur.trice.s jusque là concerné.e.s (SUIO, CIO, Mission Locale, réseau information jeunesse) et devant accompagner les jeunes jusqu’à ce qu’ils soient dans l’emploi stable. Dans la même teneur que cette proposition, L'Union Nationale des Missions locales propose de créer un outil de veille et d’évaluation des dispositifs et politiques publiques de jeunesse

Sources :
Conseil économique social et environnemental, 2017. Place des Jeunes dans les Territoires ruraux : https://www.lecese.fr/sites/default/files/pdf/Rapports/2017/2017_02_jeunesse_territoires_ruraux.pdf
CGET - Mission Ruralité, 2019. Rapport, "Ruralités : une ambition à partager", p. 54 à 56 : ttps://www.cget.gouv.fr/sites/cget.gouv.fr/files/atoms/files/rapport_mission-ruralite_juillet-2019.pdf
Forum Français de la Jeunesse, 2018. Le livre blanc du forum français de la jeunesse : Mettre la jeunesse au cœur des politiques publiques. http://forumfrancaisjeunesse.fr/wp-content/uploads/2018/09/Livre-Blanc-FFJ_juin-2017.pdf
Union Nationale des Missions Locales; 2019. https://www.unml.info/assets/files/actualies/RepresentationReseau2019/audition-initiativesdesjeunesruraux-unml-revu-unml.info.pdf
FAGE, 2019. Politiques publiques en direction des jeunes. https://www.fage.org/idees/jeunesse/jeunesse-politiques-publiques-jeunes.htm